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  • Sophie Perdrix

Avez-vous déjà entendu parler d'éco-anxiété? Ce que l'on peut faire quand on a peur pour le monde


A mesure que les dégradations environnementales et le changement climatique prennent de l'ampleur, un mal humain tend également à croitre: celui de la souffrance écologique.

Aujourd'hui nous savons que la perte de la biodiversité, la déforestation, la pollutions et autres défis environnementaux ont un impact sur la santé humaine, non seulement physique, mais aussi mentale, émotionnelle et spirituelle. L'éco-anxiété, la solastalgie, ou encore l'effondralgie sont des concepts pour mettre des mots sur des maux qui font échos à ceux de notre environnement.


En 2007, une équipe de chercheurs australiens représentés par le philosophe Glenn Albrecht mettent en lumière un phénomène de détresse humaine en réponse à la détresse des écosystèmes. Au travers d'une étude, ils explorent le vécu de de personnes particulièrement exposées à des changement dans leur environnement. Ils ont choisi deux populations, une première touchée par la sécheresse persistante et une deuxième vivant dans une zone d'exploitation minière intensive pour la production de charbon. Dans les deux cas, ces personnes rapportent des affects négatifs, en particulier liés à un sentiment d'impuissance ou de perte de contrôle par rapport à leur environnement. En effet, par opposition à la nostalgie, la mélancolie ou le mal du pays que ressentent les personnes séparées de leur "maison", la solastalgie décrit la détresse psychologique produite par les changements environnementaux qui sont en cours.


Lors d'une récente conférence sur ce sujet, Charline Schmerber, praticienne en psychothérapie, a présenté les résultat d'une enquête qu'elle a mené auprès de ses patients, de plus en plus nombreux à de consulter pour des raisons d'éco-anxiété.

Ce travail lui a permis de définir trois profils :

  • Le burn-out écologique ; souvent caractérisé par une fatigue émotionnelle, une crise de sens dans la vie professionnelle et personnelle.

  • L'éveil écologique; il s'agit ici de personnes venant consulter après avoir vécu une violente prise de conscience sur l'état de dégradation environnementale et les risques associés

  • L'éveillé.e lucide: un terme décrivant des personnes présentant une conscience écologique forte mais souffrant d'un sentiment de décalage avec le monde social et son entourage.

Face à ces différentes formes de souffrance, que certain résument en une crise de la relation de l'Humanité au Vivant, Charline Schmerber nous propose des pistes pour "passer de l'éco-anxiété à l'éco-sérénité":

  1. Restaurer le lien avec soi-même; par exemple en donnant de la place aux émotions et en développant ses ressources personnelles. Mieux se connaitre, c'est aussi augmenter sa capacité à affronter les difficultés.

  2. Restaurer le lien avec les autres ; pour se sentir moins seul.e, pour se sentir plus fort.e face aux inquiétudes et face aux évènements extérieurs.

  3. Restaurer le lien avec le Vivant; pour profiter de ce qui est (encore) là, en être reconnaissant.e aide à développer une vision de la vie et des modes de vie plus durables et respectueux des ressources.

Tout un programme!

Non, nous ne réglerons pas le réchauffement climatique uniquement par la psychologie. Mais je crois que ce que nombreux nomme la "Transition intérieure" est une voie à ne pas négliger. Celle qui nous mène à regarder à l'intérieur de soi pour mieux agir à l'extérieur. Comme le résume si bien le psychiatre Christophe André: "...on fait de meilleurs militants avec des gens équilibrés".


A l'heure où des citoyens suisses déposent une initiative pour "sauver nos glaciers", il est clair que le réchauffement climatique n'est pas un phénomène lointain qui concerne d'autres personnes. Cela se passe ici et maintenant. Regarder cette réalité en face est difficile car elle peut nous pousser dans un sentiment d'impuissance et/ou de désespoir. Mais entre le désespoir, le déni et l'impuissance, se trouve une voie à explorer; celle du développement de son pouvoir d'agir. A son niveau, avec ses moyens, pourquoi pas avec ses voisin.e.s, petit pas par petit pas.


Pour aller plus loin


Un site internet sur la solastalgie (consulté le 4.12.20) où l'on trouve notamment les résultats d'une enquête sur l'éco-anxiété en France en 2019:

http://www.solastalgie.fr/


Un article scientifique fondateur du concept de solastalgie :

Albrecht, G. et collègues (2007). Solastalgia: the distress caused by environmental change. Australasian Psychiatry, Vol 15. DOI : 10.1080/10398560701701288


Une reportage de la RTS dans l'émission "Faut pas croire" du 6 octobre 2020:

"J'ai mal à ma terre"

Un reportage pour mieux comprendre les réactions et la souffrance psychologique face aux dégradations et changements environnementaux. Il est suivi d'un débat qui donne des pistes d'espérance.

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